Enfance - A. E. Baconsky
added by: gabrielle danoux

Enfance

Je ne me souviens plus des jours pâles
D’un été qui m’avait oublié dans son jardin vieillissant,
Je ne me souviens plus de la rumeur éteinte de la plaine
Mes rêves d’alors c’est la forêt d’ormes qui les rêve.

Je ne vois que les maisons blanches et le bétail descendant vers le soir,
Les ailes noires des moulins sur le grand ciel vide
Des touffes de cuscute et les épines à fleurs violettes
Dorment, les yeux ouverts, près du chemin.

La haute clôture ne me laisse pas avoir souvent
Les noces et leurs cortèges bruyants et sauvages ou les enterrements pareils au brouillard,
Autour des pommiers et des griottiers somnolents j’aperçois encore parfois
Le sourire vague, énigmatique de l’après-midi.

Mais quand je veux m’approcher, tout s’élève et disparaît,
Ainsi qu’un vol d’oiseau devient invisible à l’horizon –
À peine s’il m’en reste dansante, hésitante dans l’air
Une plume bleue.



Translator: Claude Sernet

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